Vous avez-dit « base sous-marine » ?

Ces derniers mois, il peut être constaté un retour d’une confusion importante entre la Betasom, nom de code télégraphique de la base du 11ème groupe de submersibles italiens, et l’U-Bunker de la 12ème flottille d’U-Boote, submersibles allemands.

Qu’est-ce que la Betasom ?

La Betasom est une entité administrative militaire qui permet l’installation de submersibles italiens à Bordeaux à partir du mois de septembre 1940. Cette entité cesse ses activités en septembre 1943. Les navires submersibles de la « base » étaient arrimés dans le Bassin à flot n°1 et bénéficiaient d’appontements à La Pallice. Les submersibles à long rayon d’action de la 12ème flottille d’U-Boote, une fois la construction terminée, s’installaient dans les alvéoles de l’U-Boot-Bunker. Contrairement à ce qui est partagé sur les réseaux sociaux, l’U-Bunker a été construit pour les besoins des submersibles allemands. La marine royale italienne n’a pas participé à sa construction puisqu’elle n’avait ni le besoin, ni les moyens. Les submersibles italiens se contentaient de filets de protection et utilisaient les formes de radoub du BAF n°1 tandis que le chantier de l’abri protégé allemand fut mené par l’Organisation Todt.

Mais où sont donc amarrés les submersibles ?

Bien entendu, il n’est pas impossible que des submersibles italiens aient bénéficiés de la protection des alvéoles de l’U-Bunker, surtout à partir du moment où la Betasom est contrainte de cesser ses activités et que les navires italiens sont réquisitionnés par les Allemands. En outre, les U-Boote allemands n’étaient pas cantonnés dans le Bassin à flot n°2 et pouvaient s’arrimer à un ponton sur la Garonne, voire dans le BAF n°1 durant la construction de l’U-Bunker. Mais, si l’on souhaite bien distinguer les deux bases de submersibles, indiquons que la base italienne était le Bassin à flot n°1. Le Bassin à flot n°2 correspondait à la base allemande. Betasom n’est donc pas le nom de l’U-Bunker.

Finalement rien de nouveau…

Je suis bien conscient que les lecteurs de ce blog savent déjà cela et n’apprennent rien en lisant cette note. Toutefois, je me permets ce rappel, car outre les réseaux sociaux*, certains articles de la presse locale ou de blogs et plus récemment un beau livre sur l’histoire de Bordeaux, dont j’ai suggéré l’achat aux bibliothèques universitaires de ma ville, partage aussi cette petite confusion.

L’erreur est humaine, surtout lorsque l’on n’est pas spécialiste du sujet. D’ailleurs, même si l’on est un spécialiste reconnu et qu’en outre le directeur de la publication et l’éditeur sont très sérieux, on peut faire des confusions. Cela non pas par manque de connaissances. Les causes peuvent être multiples. Il y a celle de la limitation des caractères « espaces compris », ou celle de l’approche de la date limite de remise du chapitre; ou alors parce que l’on doit respecter « l’esprit grand public » de la synthèse que l’on nous a demandé.

De toute façon, le sujet des bases de sous-marins n’est qu’anecdotique dans l’ouvrage cité et c’est déjà positif que même seulement évoqué, l’U-Bunker y apparaisse. Par contre, il y aurait peut-être d’autres remarques critiques à apporter à ce livre. On peut penser notamment à un chapitre très laudatif sur la politique de l’ancien maire de Bordeaux. Pourtant, lors de son dernier mandat A. J. aurait un peu trop eu recours aux partenariats public-privés, afin sans-doute de combler les vides de son manque de stratégie sur le long terme. Mais, ces points soulevés ne nuisent nullement à la qualité de l’ensemble des chapitres du livre évoqué, lesquels permettent de mettre à jour l’état de la recherche sur nombre de thématiques relatives à l’histoire de la ville de Bordeaux. En outre, la confusion citée sera sans aucun doute corrigée dans une prochaine réédition. Sauf erreur de notre part, la dernière synthèse comparable en nombre de pages datait de 1980 (Privat), même si des ouvrages de qualité sur l’histoire de cette ville d’un point de vue architectural ont été publiés entre les années 1990 et 2019.

Ajoutons que nous regrettons la maison d’éditions bordelo-bacalanaise Pleine Page, laquelle a disparue alors que surgissaient les immeubles du quartier désormais renommé : « Bordeaux Maritime ».

D’où vient la confusion entre les deux bases ?

Pour en revenir à la confusion, elle proviendrait de l’expression courante : « base sous-marine » qui s’avère être imprécise. On ne sait pas si l’on parle d’une « base située sous l’eau », « d’une entité » ou d’une « base protégée ». En l’occurrence il vaudrait mieux parler « de point d’appui », « de base de sous-marins », « d’abri pour submersibles/sous-marins », « de base protégée » ou d’employer plus simplement l’expression allemande « U-Boot-Bunker » ou de sa contraction passée en Français : « U-Bunker ». L’expression « Base sous-marine », avec un « B » majuscule, serait à conserver pour parler de la structure culturelle publique qui est désormais installée dans la tour annexe de l’U-Bunker bordelais.

Notons néanmoins, que depuis quelques années d’excellents travaux sur les bases de submersibles de Bordeaux sont réalisés et accessibles gratuitement en ligne. Ceux-ci présentent l’histoire des deux structures distinctes et de l’édifice architectural représenté par l’U-Bunker. Pour terminer nous citerons donc quelques articles ci-après par ordre de parution.

*En particulier Instagram où le texte descriptif n’importe pas plus que la qualité de la photo compressée.

Souvenir de la toute première visite-guidée organisée autour des Bassins à flot de Bordeaux par notre association. Lien pour consulter la photo en HD.

Mathieu Marsan, « La base sous-marine de Bordeaux, sous le béton la culture », In Situ [En ligne], 16 | 2011, mis en ligne le 20 février 2013, consulté le 25 décembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/insitu/9526 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.9526

Jean-Baptiste B., « La délicate gestion des « U-Boot-Bunker » à Bordeaux et Saint-Nazaire, de la Libération aux années 2000 », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest [En ligne], 122-4 | 2015, mis en ligne le 15 décembre 2017, consulté le 25 décembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/abpo/3148 ; DOI : https://doi.org/10.4000/abpo.3148 Un article qui fait suite à la soutenance de notre master en histoire du développement et de l’environnement en avril 2013.

Nieves A. Calvo López, « La Base Sous-Marine », Hidden Architecture, mars 2019, en ligne (consulté le 25/12/2020) : http://hiddenarchitecture.net/la-base-sous-marine/

Laurent Perpigna Iban, « La base sous-marine rouge sang », Revue Far-Ouest, 8 juillet 2020, article payant en ligne (consulté en octobre 2020), https://www.revue-farouest.fr/articles/base-sous-marine-rouge-sang-republicains-espagnols-travaux-forces/ et l’entretien audio accessible gratuitement (au moment de la rédaction de cette note de blog, le site va évoluer prochainement) https://www.revue-farouest.fr/articles/podcastine-le-passe-de-la-base-sous-marine/

Attention l’article publié par la Revue Far-Ouest mélange aussi les deux bases en les considérant comme une et même entité, mais il a peut-être été modifié depuis notre remarque envoyée en octobre 2020… La revue ayant besoin de fonds pour subsister, si vous en avez encore de l’argent en ces temps incertains n’hésitez pas à soutenir cette jeune équipe. [Je n’ai rien à voir avec l’équipe].

Notons également que la structure de vidéo-mapping culturespaces, qui a la chance de bénéficier de la concession des alvéoles 1 à 4 de l’U-Bunker bordelais, a mis en ligne un historique dotés de visuels (consulté le 25/12/2020) : https://www.bassins-lumieres.com/fr/lieu/un-peu-dhistoire Nous sommes fiers de voir l’un de nos travaux cités (même si notre nom n’apparaît pas) sur le site1.

Une référence à notre à notre travail sur le site des Bassins de Lumières

1 La référence provient d’un article cité ci-après qui est uniquement disponible dans la version imprimée d’une revue scientifique. Mais, l’exemplaire peut se trouver dans nombre de bibliothèques de l’agglomération bordelaise, ainsi qu’à Bordeaux Métropole et même à la structure culturelle publique Base sous-marine : Jean-Baptiste B., « Les bases de sous-marins de Bordeaux, une histoire européenne et locale », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, 20, 2017, (publié à la fin 2018), pp. 137-160.

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